La phrase du jour

“"Si le théâtre oublie le monde, le monde finira pas oublier le théâtre". Bertolt Brecht



mercredi 25 janvier 2017

Coup de chapeau

à la Cie Machine théâtre pour Dom Juan désossé



Un spectacle sans faute de la Cie Machine théâtre.
Dans une mise en scène dépouillée, Dom Juan désossé de certaines de ses scènes "à machinerie", nous donne à entendre le texte, dans la pureté de sa langue, encore si actuel de nos jours ; sans spolier,  la séquence sur l'hypocrisie est un délice en ces périodes électorales.

Je cite DJ qui s'adresse à son père :
"Vous me voyez revenu de toutes mes erreurs; je ne suis plus le même qu'hier au soir, et le Ciel tout d'un coup à fait en moi un changement qui va surprendre tout le monde..."

Peu après Sgnanarelle s'adresse à son maitre:

S: " Ah, Monsieur que j'ai de joie de vous voir converti ! Il y a si longtemps que j'attendais cela, et voilà que grâce au Ciel tous mes souhaits accomplis.

DJ: Quoi tu prends pour bon argent ce que je viens de dire, et tu crois que ma bouche est en accord avec mon coeur ?

Bravo aux 2 acteurs (Cyril Amyot et Laurent Dupuy) fantastiques de justesse, n'ayant rien d'autre comme écrin que le texte et leur talent.
Je salue particulièrement la mise en scène de Brice Carayol qui s'appuie sur le jeu d'acteurs en leur laissant l'espace des tréteaux pour nous convaincre.
Je craignais qu'une Elvire jouée par un barbu ne porte à sourire mais non. L'interprétation sincère, au plus près de l'émotion du texte, est digne et émouvante.
La scène de Monsieur Dimanche, souvent omise, est aussi un régal de la façon d'abuser les petites gens par le discours.
Et si on sait lire entre les mots, la parole de Dom Juan est un manifeste en faveur de l'athéisme et du libertinage...



Dans la programmation du Cratère d'Alès. Allez-y.

La meilleure pièce de Molière, et la plus contemporaine. On ne manquera pas de faire le rapport avec la scène de l'hypocrisie. Ce qu'on dit aux électeurs du bas et ce qu'on dit aux électeurs du haut sur la façon la plus habile de rouler les premiers.


François Fillon face aux patrons - Événements par publicsenat



dimanche 4 décembre 2016

Mes lectures du moment

Dernier avis avant démolition de Fabien Maréchal 

Editions Antidata, 2016


Résumé: dans ce recueil de nouvelles l'auteur aborde la lutte des classes, dont on nous dit qu'elle a disparue,  sur un mode nostalgique et désabusé, ou dans un registre plus combatif. L'humour est ravageur et c'est une exploration du sens de la vie.

4eme de couverture :Un vieil ouvrier retranché dans son immeuble promis à la destruction, un syndicaliste qui s’obstine à organiser une grève vouée à l’échec, ou un étrange photographe coureur des bois : pour ces personnages, le sens qu’ils donnent à leur vie prime sur toute autre considération… Qu’ils embrassent les luttes sociales, des idéaux politiques ou la quête extatique d’une réalité cachée dans la nature, les voilà aux prises avec un monde extérieur peu enclin à se plier à leurs aspirations profondes. Ils sont tous des combattants chancelants qu'une flamme maintient en éveil.
Fabien Maréchal nous livre un recueil empreint d'humanité et d’humour qui échappe toujours au cynisme

Extrait : Démolition
Ce matin, pour la première fois depuis dix ans, je ne prendrai pas mes médicaments pour le cœur et contre l’angoisse. J’aurais dû arrêter plus tôt, dès qu’ils ont annoncé la démolition de l’immeuble. C’est terrible comme on s’attache à ce dont on n’a pas besoin. On harponne une illusion, on se la colle dans le crâne et, pour l’en sortir, il faudrait se faire sauter le caisson.
Le jour n’est pas encore levé. Le chant des merles du square parvient à peine à ma fenêtre, au seizième étage. Les lampadaires jettent des cercles de lumière jaune sur l’allée, entre les deux barres HLM d’en face et la butte de terre de remblai engazonnée. Rien ne bouge. Dans un quart d’heure, des ouvriers et des agents d’entretien sortiront de leurs clapiers pour attraper les premiers RER, par-delà le boulevard Gagarine.
Des immeubles, on en a déjà détruit des tas. J’ai vu des images au journal régional. On laisse la foule à cinq cent mètres, derrière des barrières, un haut-parleur claironne le compte à rebours, un hélicoptère survole la scène. Pour une barre, toutes les charges explosent en deux secondes à partir du milieu, ou alors d’un côté à l’autre, et elle s’écroule sur elle-même ; une tour, on a l’impression qu’elle s’enfonce dans le sol par un ascen- seur dont les câbles ont lâché. À peine le temps de cli- gner des yeux, tout est par terre. Un nuage blanc-beige remonte des gravats, et seules les volées d’oiseaux qui piaillent en cercles affolés percent le silence après les déflagrations. Puis le vent finit par pousser le nuage,  les oiseaux se posent sur un toit ou un arbre, et c’est fini.  Comme  si  personne  n’avait  jamais  vécu  là  et  que  l’endroit était resté tel qu’après-guerre. Un amas de décombres.
Les lampadaires s’éteignent. Un train crisse sur ses rails, au loin. Les façades des barres, bâchées en vue de la démolition de ma tour, répercutent le vrombissement des camions sur la rocade nord-est. Je me détourne pour aller tapoter le baromètre dans l’entrée de la cuisine, et il descend d’un cran.
L’immeuble qu’on va abattre, j’ai participé à son édification. 
Le bâtiment, dans les années 1950, c’était une nouvelle guerre: on n’en avait jamais assez. Il fallait reconstruire ce que les Allemands avaient détruit, reconstruire ce que les Alliés avaient détruit, loger les Français qui ne pensaient qu’à faire des gosses et les provinciaux qui montaient à la capitale. Plus tard, il faudrait loger les coloniaux, les harkis, les ouvriers d’Afrique du Nord. On ne savait plus où loger de la tête.
On dressait les cités de l’Avenir radieux sur cinq cents mètres de long et dix, vingt étages de haut: chantez lendemains! Voici le temps des bâtisseurs et
du vide-ordures, de l’eau courante et du chauffage pour tous, toilettes privatives, douches, ascenseur. Les communistes ont peut-être quitté le gouvernement, disait mon secrétaire de section, mais le gouvernement ne se rend pas compte que Lénine occupe un peu plus le pays à chaque appartement HLM supplémentaire.
J’habitais Malakoff et travaillais sur un chantier en banlieue nord –et rouge. Je lisais L’Humanité dans le bus qui traversait Paris. Des photos du Grand Frère de l’Est montraient des immeubles démesurés le long d’avenues où l’on aurait pu entasser tous les cortèges parisiens du Premier-Mai depuis 1945 sans qu’on ne s’y sente à l’étroit. Tant de grandeur, de hauteur, de largeur, de largesse, ce ne pouvait être que l’Avenir radieux.
Comme je suis lorrain par ma mère, mon chef de chantier me surnommait «Choucroutchev». Pour lui, l’Alsace et la Lorraine, c’était kif-kif, juste de quoi entonner le refrain d’une chanson contre les Boches. Et puis à l’époque, beaucoup de monde insinuait encore qu’il n’avait pas fallu pousser trop fort les Malgré-nous dans le dos. Je n’avais pas l’accent, mais j’étais né à  Pont-à-Mousson, ça suffisait à certains pour imaginer  ma mère tondue à la Libération tandis que mon père pourrissait sous la terre d’Ukraine avec la moitié de la division Das Reich.
En réalité, mon père était originaire de Libourne. On ne l’avait pas vu revenir en 45 pour la bonne raison qu’il était mort dès 38. Accident de chasse, selon ma mère. Quand elle l’a rejoint, en 57, à la suite d’une pneumonie, le caveau portait déjà: «Jean Delussel, 18novembre 1918 – 15 décembre 1938 ».
Vingt ans, un rayon de soleil entre deux tempêtes. Et moi.


Mon avis:  Généralement les nouvelles me laissent sur ma faim. L'impression que l'auteur paresseux m'a pas cherché à développer davantage. Avec ce dernier avis avant démolition au contraire, chaque texte est abouti du point de vue de l'histoire et des personnages. Ils sont à la fois des spécimens uniques et chacun d'entre nous, nous je veux dire les petites gens. Ceux qui se lèvent à 5h du mat' pour aller au charbon, quand il y avait encore du charbon, du travail. L'auteur développe la nostalgie de ces lendemains qui devaient chanter mais dont le chant a été entravé par le monde tel qu'il est aujourd'hui. J'ai adoré.
Voilà un cadeau de Noël intelligent à offrir aux vieux pour réveiller leur souvenirs et aux jeunes pour éveiller leurs consciences engourdies par trop de cliquant.

L'auteur:  Fabien Maréchal est journaliste et collabore au magazine National Geographic France.  Dernier avis avant démolition est le deuxième recueil de l’auteur, après Nouvelles à ne pas y croire, publié en 2012 aux éditions Dialogues.

voir son site

mardi 1 novembre 2016

Mes lectures du moment

Succession Jean-Paul Dubois 

éditions de l'Olivier 2016

La succession par DuboisRésumé : Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Il a beau y avoir connu le bonheur, rien n’y fait : il est complètement inadapté au monde. Même le jaï-alaï, cette variante de la pelote basque dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasser le poids qui pèse sur ses épaules. L’appel du consulat de France lui annonçant la mort de son père le pousse à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui.
Car les Katrakilis n’ont rien d’une famille banale : le grand père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, était un homme insensible, sans vocation ; l’oncle Jules et la mère, Anna, ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. En outre, cette famille semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction.
Paul doit maintenant se confronter à l’histoire tragique de son ascendance, se résoudre à vider la demeure. Jusqu’au moment où il tombe sur deux carnets noirs tenus par son père. Ils lui apprendront quel sens donner à son héritage. 
Extraits : "Il ne faut jamais se tromper de vie. Il n'existe pas de marche arrière". Cette phrase apparemment anodine ne m'a pourtant jamais quitté. Elle m'a accompagné toute mon existence. (...)
Sans doute Jules était-il un homme translucide, traversé par la lumière sans jamais la capter, mais il fut le seul membre de ma famille à tenter de m'ouvrir au monde et aux autres (..) "(p. 77)

"Je ne dirai jamais assez combien la compagnie et la présence de ce chien me furent précieuses durant cette période où la mémoire des morts allait et venait au gré des flux et des marées de la mémoire. parfois je lui parlais et il me donnait le sentiment de tout comprendre, de la plus insignifiante de mes remarques à mes questionnements d'humain et le bien-fondé de mes doutes sur la solidité de mon patrimoine génétique. "(p. 85)

Mon avis : Je suis une admiratrice de Jean-Paul Dubois dont la plupart des ouvrages sont de grande qualité. Celui-ci m'a laissée sur ma faim. L'impression qu'il n'avait pas choisi une ligne directrice pour son récit. Qu'il nous ballade sans vraiment nous embarquer. Néanmoins l'écriture est comme toujours élégante, pleines d'images. Des moments d'émotions, de tendresse naissent surtout de son rapport avec le chien. On y retrouve bien sûr le désenchantement, la dérision, l'ironie, jusqu'à la mort.
 Ce roman traite aussi de la fin de vie, à travers une famille marquée par le gêne du suicide, à l'instar de la famille Hemingway et du suicide assisté. Mais contrairement à En souvenir d'André de Martin Winckler, ça m'a laissée de marbre.Je n'ai pas eu les larmes aux yeux sauf aux passages sur les animaux. Jean-Paul Dubois a dû être chat ou chien dans une vie antérieure.

mercredi 27 juillet 2016

Mes lectures du moment

Penser l'Islam de Michel Onfray 

Editions Grasset (2016)

Résumé:  «Il est difficile, ces temps ci, de penser librement et encore plus de penser en athée. Affirmer que les idéaux de la philosophie des Lumières sont toujours d’actualité nous fait paradoxalement passer pour des réactionnaires, des islamophobes, voire des compagnons de route du Front National assimilé au fascisme. 
Dans un monde qui prétend en masse «Je suis Charlie», Voltaire revenu passerait pour un défenseur du fanatisme! C’est le monde à l’envers. 
Je me propose de réactiver la pensée des Lumières dans ce "Penser l’Islam". Non pas le penser en faveur ou en défaveur, ça n’est pas le propos, mais en philosophe. 
Je lis le Coran, examine les hadiths et croise avec des biographies du Prophète pour montrer qu’il existe dans ce corpus matière au pire et au meilleur: le pire, ce que des minorités agissantes activent par la violence, le meilleur, ce que des majorités silencieuses pratiquent de manière privée. Comment la république doit-elle considérer ces deux façons d’être musulman? Y-a-t-il des relations et des points de passage entre minorités agissantes et majorités silencieuses, sachant que l’histoire est faite par les premières, pas par les secondes?
Ce livre remet également en relation ce qu’il est convenu d’appeler le terrorisme avec la politique étrangère islamophobe menée par la France derrière l’OTAN depuis des années. Nous nommons barbarie ce que nous ne voulons pas comprendre. 
L’islam terroriste a été partiellement créé par l’occident belliqueux. Les choses ne sont pas aussi simples que ce que, de part et d’autre, on voudrait nous faire
 croire. D’où la nécessité de se remettre à penser. Sur ce sujet comme sur d’autres.»

Extraits: Ose penser par toi même" était la devise des Lumières

L'indéniable retour du religieux a pris la forme de l'islam en Occident. Ce retour est à penser dans l'esprit de Spinoza : hors passions, sans haine et sans vénération, sans mépris et sans aveuglement, sans condamnation préalable et sans amour a priori, juste pour comprendre
Aujourd'hui, ce qui se présente comme la gauche défend l'idée que les pauvresses rendues misérables par le capitalisme (qu'elle ne combat plus) puissent louer leur utérus à des riches désireux d'implanter leur foetus dans des ventres de location - comme on loue une place de parking ou un garage.


Mon Avis: Beaucoup de bonne volonté de la part du philosophe à vouloir se défendre de ses pourfendeurs à vouloir tout expliquer, cependant son texte est pleins de clichés, parfois il fait preuve d'une naïveté déconcertante vis-à-vis d'un Islam soluble dans la république. A vouloir avoir des avis sur n'importe quoi, l'auteur se décrédibilise. La philosophie est un art de la pensée, pas des phrases assénées.  À lire pour sa lucidité sur la responsabilité de la gauche dans les problèmes actuels.Et reconnaissons qu'il a lu le Coran.

lundi 25 juillet 2016

Hommage à Philippe Ivernel

Philippe Ivernel est mort au début du mois de Juillet. À quelques jours du début du Festival d’Avignon.
C’était un homme érudit, amoureux du théâtre et spécialiste de Bertold Brecht. On lui doit entre autre la traduction française en deux tomes du  journal d’Amérique et journal de Berlin de B. B. publiés à l’Arche.
J’ai eu le plaisir de rencontrer deux fois fois par semaine Philippe, pendant presque deux ans qu’a duré l’aventure  des Ateliers de création du TEP (dirigé par Guy Rétoré.)
Prévue pour durer une saison, cette aventure s’est prolongée, deux  autres saisons avec des buts sensiblement différents de ceux du départ.

Philippe dans la salle de répétition du TEP


Philippe assistait sagement, en observateur réfléchi, aux ateliers, aux improvisations, relisait les écrits des stagiaires, parlait de l'écriture et de la distanciation du jeu. L'Aventure des Ateliers du TEP était une façon de questionner le théâtre des années 90. Il avait d’ailleurs écrit « Espoirs de théâtre par temps incertains » dans un supplément au Mémento du TEP en 1995.
Philippe fut partie prenante de ces ateliers, témoin de cette expérience singulière et plurielle dont il a rendu compte.  Témoin la plupart du temps muet, il est parfois sorti de sa réserve pour répondre aux questions que je me posais sur l’expérience que nous vivions, sur la façon dont je me sentais  «instrumentalisée », sur les mosaïques issues de nos textes et sélectionnées par les encadrants de façon souvent autoritaire.

En 2003, il m’avait contactée à propos d’un chapitre qu’il avait à écrire pour un ouvrage collectif intitulé « Du théâtre amateur, approche historique et anthropologique » édité aux Editions du CNRS, Arts du spectacle. Il voulait citer certaines des notes que j’avais produites au cours de cette aventure qu’il analysait a posteriori (10 ans après) dans le chapitre « Le Public Acteur  Sur un processus d’improvisation collective dans les ateliers de création du TEP (1993-1994) ».

Au moment où le chapitre a été écrit, Philippe me l’avait envoyé pour relecture. Je lui avais signalé que je n’étais pas d’accord avec ce qu’il avait relaté sur le choix des stagiaires.

«  Mais qui  étaient plus exactement ces stagiaires ? Les demandes ayant afflués en masse, les candidats furent reçus individuellement et admis après entretien. […]
 Priorité (non exclusive) a été donnée aux abonnés du TEP et aux habitants des quartiers environnants, mais de telle sorte que soit retenu un groupe représentatif de la population en général. Par ailleurs devaient être écartés ceux qui confondaient les Ateliers avec une Ecole d’Art dramatique faite pour transmettre un métier (à plus forte raison un savoir-faire codifié). Il se serait plutôt agit d’une école du spectateur »

Ceci est contradiction parfaite avec des remarques qu'il mentionne sur le fait que la démarche d’improvisation pour ces « amateurs » est moins éloigné qu’il n’y paraît du travail recommandé par de grands professionnels comme Antoine Vitez ou Jacques Lecoq.
Car, en dépit de toutes les allégations des encadrants,  au TEP nous étions bien à l’école du théâtre, encadrés par des professionnels de qualité et très exigeants sur le jeu, l'articulation... bref sur les techniques de bases d'un comédien (G. Werler, J. Hadjaje).
L'objectif affiché était  de libérer la capacité de jeu dont est capable le spectateur ordinaire. Pourtant la sélection, contrairement à ce qui a été écrit, n’avait pas du tout éliminé des gens comme moi, ou Michel Caron, Olivier David, Laurent Contamin..., et bien d'autres… qui étions des « spectateurs » issus de cours d'art dramatique !
Il est vrai que nous avons joué le jeu de la candeur. Il en valait la chandelle.

Cette aventure TEP 93-95 continue à m’inspirer dans mes choix, dans ma pratique de comédienne, et aujourd’hui d’auteur. « Rapprocher le théâtre des lieux de vie ».
Merci Philippe d’avoir, pour conclure ce chapitre, laissé la parole à Georges Werler :
«  On a souvent dit — et les participants le constataient aussi— qu’ils avaient fait durant ce stage « d’étonnats progrès ». C’est vrai ! Mais profondément, quel était le sens de cette remarque? si cela veut dire qu’ils ont appris à se maîtriser à mieux respirer, à articuler davantag, à donner à l’interprétation plus de force et de conviction, c’est bien, c’est beaucoup, mais ce serait insuffisant. Par sa puissance, le théâtre modifie les êtres, il les rend plus responsables et plus conscients. C’est l’humain qui s’épanouit et c’est alors l’homme vrai, la femme vraie, qui accepte d’êre et de se montrer ainsi. C’est cela qui m’intéresse surtout dans la pédagogie et la pratique théâtrales. Ce don de soi, quand il est partagé, rendu par cinquante, devient une force extraordinaire. Le collectif restitue à chacun son intégrité. »


Les frères Karamazov au Festival d'Avignon

lundi 4 juillet 2016

Mes lectures du moment

La renverse d'Olivier Adam 

éditions Flammarion (2016)



Résumé: L'histoire est simple. Retiré en Bretagne, solitaire, vivant de petits boulots, Antoine apprend la mort d'un homme politique, maire d'une commune de lointaine banlieue parisienne, ancien ministre. Des années plus tôt, cet homme a fait la une des journaux, accusé du viol de deux de ses employées avec la complicité de son adjointe et maîtresse, la mère d'Antoine.
Ce fait divers, qui renvoie à diverses affaires récentes, Olivier Adam le dissèque de l'intérieur, avec une précision clinique, les réseaux et les stratégies d'une certaine classe politique pour assurer son pouvoir, ses privilèges et son impunité. Ce roman est la tragédie intime d'un jeune homme prisonnier de sa révolte, replié sur sa douleur, perdu dans la confusion des sentiments et des souvenirs. Entre haine et amour pour des parents indéfendables.

Mon avis :
J'aime Olivier Adam, il est l'écrivain de la nostalgie. Celle de l'enfance, du couple, de la famille.
Sa matière, il la puise dans le regret des relations simples,où souvent les enfants font les frais de l'inconséquence des parents, ou de leurs troubles face à la vie.
 La Renverse, trouve son origine dans la  rigidité glacée d'une enfance humiliée, écrasée par le scandale et l'indifférence des adultes vis-à-vis des enfants. La renverse est ce mo­ment de latence entre marée montante et descendante, quand la mer retient son souffle avant de repartir. On est pris dans la tension entre l'empêchement d'Antoine, incapable de vivre, et ce mo­ment, où sa vie va basculer. A - lire pour le plaisir de se laisser emporter et de se sentir concerné.

Biographie: cf Wikipédia

Mes lectures du moment

Petit piment d'Alain Mabanckou  

éditions du Seuil  (2015)


Résumé : À l’orphelinat de Loango à 20 km de Pointe-Noire, le prêtre zaïrois Papa Moupelo recueille un nourrisson qu’il nomme Tokusima Nzambe po Mose Yamoyinko abotami namboka ya Bokoko, Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres. Le petit garçon, que tout le monde appelle Moïse par commodité, grandit presque heureux veillé par Sabine Niangui. Alors que le Congo trouve la voie de l’indépendance, les choses changent. L’impitoyable Dieudonné Ngoulmoumako et ses nombreux neveux, adeptes des punitions corporelles et des restrictions de budget, prennent la tête de l’établissement lorsque les religieux quittent le pays. En 1969, la révolution socialiste fait à son tour disparaître le bon père Moupelo.

Moïse n’a qu’un seul véritable ami, Bonaventure Kokolo. Quand les jumeaux Songi-Songi et Tala-Tala, deux petites brutes, s’en prennent à lui, il décide de le venger d’une façon plutôt cocasse qui lui vaut très vite le surnom de Petit Piment. Placé d’autorité sous la coupe des jumeaux, Moïse se laisse convaincre de fuir l’orphelinat avec les deux terreurs. Ils rejoignent les enfants des rues du Grand Marché de Pointe-Noire. Dans le quartier Trois-Cents, Moïse rencontre une mère maquerelle zaïroise Maman Fiat 500 et devient son protégé.

MON AVIS : Formidable récit initiatique, satire sociale et politique, dense, intense, d'une écriture naïve qui reflète l'enfant sans en être une caricature, pleine de trouvailles.  Petit Piment retrace, à travers les soubresauts de l’histoire contemporaine du Congo, la trajectoire chaotique d’un petit bonhomme livré à lui-même. Alain Mabanckou dédie cette fable urbaine moderne à Pointe-Noire, sa ville, son lieu-source. Mêlant l’humour, la folie et la sagesse, ce roman de la rue africaine, flamboyant et touchant, est habité par la poésie. Déployant verve et imagination, l’auteur explore le territoire de l’enfance avec toute la liberté que lui confère la forme du conte, n’hésitant pas à affronter les tabous africains, les conflits ethniques, le racisme intracommunautaire, la traite des esclaves, les outrances des régimes politiques, la corruption, la condition des femmes.





Biographie: voir Wikipedia:





Mes lectures du moment

Mythologies américaines de Dany Laferrière 

Editions Grasset (2016)

Ce volume rassemble les premiers romans de Dany Laferrière :
Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer (1985), 
Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ? (1993), Fête chez Hoki, (1987)
et un inédit : Truman Capote au Park Hotel
Ils constituent ce qu'il appelle sa " mythologie américaine ". 
Le jeune auteur nous transporte du Canada aux Etats-Unis. Il rêve, se rêve, rêve aux grands écrivains qu'il aime et rêve de devenir écrivain. 
Comme l'écrit son éditeur Charles Dantzig dans sa préface : " Peut-être veut-on être écrivain avant de vouloir écrire de la littérature. Elle nous piège ensuite. " Et le jeune rêveur qui dit qu'il ne fait rien à part discuter avec un copain et draguer des filles en se demandant avec ironie ce que c'est que la " confrontation Blanche/Nègre " passe en réalité son temps à écrire et le voici écrivain. 



Et dès ces premiers livres, on retrouve le Laferrière de L'Enigme du retour et de Je suis un écrivain japonais : l'homme qui joue des clichés pour mieux les contourner, le faux désinvolte qui construit patiemment une ouvre, l'humoriste qui dit des choses graves, et puis, surtout, le styliste souple et envoûtant, le romancier qui a inventé son propre genre de roman. 
" Ceci n'est pas un roman. Je le dis en pensant à Magritte dessinant une pipe et écrivant en légende : Ceci n'est pas une pipe. J'écris ce livre avec des notes prises sur le vif, un peu partout en Amérique du Nord. "


Biographie : cf Wikipédia


vendredi 17 juin 2016

Activités Avignonnaises 2016




Je lirai le Dimanche 10 Juillet à 10h00 à Présence Pasteur rue du Pont Trouca, avec Michel Caron de la Cie T2A mon texte Folie, un autre mot pour amour, ma rhapsodie Claudel.




Le Mardi 12, au Conservatoire d'Avignon, amphithéâtre Mozart, sera présenté dans "Première Approche" organisé par les EAT, une mise en espace de ma pièce "Comme un parfum d'épices dans les odeurs de menthe " éditée à La Librairie théâtrale (coll. Ecritures d'Aujourd'hui) Commande en ligne sur le site de l'éditeur.
Cette manifestation permet d'assister aux premières bases de travail entre un metteur en scène et des comédiens qu’il ne connaît pas, quand ces derniers ignorent encore jusqu’au dernier instant le rôle qui leur sera attribué. Une capture à vif pour tous les curieux du théâtre de bout en bout ! Avec la complicité des auteurs concernés et des comédiens qui se prêtent au jeu, il s’agit de donner à voir et à entendre les premiers .
Mise en espace Jean-Luc Palliès metteur en scène avec les comédien(e)s du collectif à Mots Découverts s’en empareront 
Mardi 12/07 10h00-13h." Amphithéâtre Mozart.



mercredi 27 avril 2016

Mes lectures du moment

Abraham et fils de Martin Winckler (2016) 

Eds P.O.L.


Résumé: 
Un jour du printemps 1963, Abraham Farkas, médecin rapatrié d'Algérie, proche de la cinquantaine et son fils Franz, âgé de neuf ans et demi arrivent pour la première fois à Tilliers, petite ville de la Sarthe. Abraham n’a qu’une seule préoccupation : son fils échappé mirculeusement à un coma profond suite à ce qu’il nomme un accident. Franz, lui, a deux amours : son père et les livres. Franz est resté amnésique et Abraham ne lui parle jamais dupassé, de sa mère et de leur vie d’avant. Ils s’installent rue des Crocus, dans la grande maison du Dr Fresnay, où Abraham va se remettre à travailler. Ils vont s’adapter, se faire adopter et réussir à se remettre à vivre.

Extraits :
« On embarque dans une histoire comme on part en voyage.
Certains aiment les croisières en paquebot. Ils somnolent dans un transat sur le pont brûlant de soleil et se laissent porter tout le jour, un cocktail à la main, avant d’aller rêver dans leur cabine de luxe. D’autres embarquent dans un sous-marin vitré pour se coller le nez sur le grand hublot et découvrir des mondes inexplorés, suivre des bancs de poissons, longer des galères englouties, regarder des plongeurs combattre un requin ou remonter un coffre des abysses. D’autres encore préfèrent s’élancer dans l’espace – l’ultime frontière – à la recherche de nouvelles formes de vie, de civilisations inconnues, pour se rendre là où nul n’est jamais allé. D’autres enfin s’asseyent à la terrasse d’un bistro pour regarder les lève-tôt entrer à la boulangerie, les épiciers sortir leurs cageots, les couche-tard regagner leur antre, les mères emmener leurs enfants à l’école.
Bref, les histoires sont faites pour nous mener en bateau et c’est pour naviguer qu’on embarque, sans toujours savoir où on va. »


« Ça vous paraîtra sans doute vieux jeu, mais je pense qu'un homme n'est pas fait pour rester seul. S'il reste seul longtemps sans rien ni personne pour s'occuper le corps et le cœur, un homme est malheureux, il s'étiole et il meurt. Une femme aussi, bien entendu, mais les femmes savent mieux que les hommes comment ne pas rester seules. Elles savent se retrouver et se parler ; elles ont toujours de quoi s'occuper l'esprit. La plupart des hommes cherchent surtout à s'occuper le corps. Et ils ont du mal à se parler, si ça n'est pas pour se mesurer les uns aux autres. »

Mon Avis :Martin Winckler possède l'art de conter des histoires. Il les situe le plus souvent dans le monde qu'il connait : la médecine. Cette fois-ci, il s'y mêle un peu d'autobiographie et il a même semé un personnage qui s'appelle Zaffran! Dans les romans de Martin Winckler la bienveillance domine. Un humanisme certain guide sa plume. On frise parfois, dans ce roman-là en particulier, une certaine mièvrerie, compte-tenu que les narrateurs sont d'une part un enfant, d'autre part une maison qui entend tout. Les deux récits se font écho à des niveaux différents de conscience. Il y a de l'émotion, de la sensibilité dans l'écriture. Le roman nous entraîne dans plusieurs histoires qui s'entrecroisent au présent et au passé. C'est parfois tiré par les cheveux et pour ma part, j'avais assez vite deviné le "secret" que la vieille bâtisse avait abrité et les circonstances de l'accident. Qu'importe le suspens, car les personnages sont attachants, bien campés, l'enfant est futé et on se prend l'aimer dans sa candeur éclairée. De ce fait on lit le roman d'un trait.Par ailleurs ça ne fait pas de mal de lire un bouquin qui a foi en l'humanité dans une époque de déshumanisation maximale.
La mémoire, la famille, la guerre, les traumatismes, l'amour, il y a tout cela dans ce nouveau Winckler. C'est bien écrit, fluide mais il lui manque la force d'un sujet comme "En souvenir d'André".


Biographie: Marc Zaffran, né le 22 février 1955 à Alger, est un médecin français, connu sous l'unique pseudonyme de Martin Winckler, comme romancier et essayiste, évoquant souvent la situation du système médical français. Il est également critique de séries télévisées et traducteur. Cf: https://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Winckler 

samedi 16 avril 2016

De l'écriture au plateau


LES PAVES DE SYNTAGMA




Mardi 12 Avril à midi présentation par la Cie du Rêve mobile de la maquette de la pièce m.e.s Sévane Sybesma.
Maquette très aboutie avec  Benoit Hamelin, Béatrice Vernet, Olivier Bourdrand, Dimitra Kontou MMaximilien Neujahr

Benoit Hamelin dans le rôle d'Athéna La Vieille.



Olivier Bourdrand dans le rôle d'Alekos, du gardien de prions et de Nikos





Sévane Sybesma et Louise Caron







Réflexions de l'auteur 



Les Mardis midi du Théâtre 13/Seine sont proposés par une association A.2M (Association pour les mardis midi) soutenue par les EAT.


C'est la rencontre du texte d'un(e) auteur contemporain avec un(e) jeune metteur en scène qui a choisi ce texte-là et pas un autre parmi les textes lauréats du Comité de lecture des EAT.


L'histoire commence par "Il était une fois" c'est logique pour une histoire.
En décembre 2014, j'avais envoyé ma pièce "Les pavés de Syntagma" au comité  de lecture des EAT, comme on jette une bouteille à la mer. En effet, écrire pour le théâtre n'offre guère de débouchés, à part écrire pour sa propre Cie, ce qui prive d'auteur d'une dimension supplémentaire : le regard extérieur, l'appropriation de ses mots par une autre personne. Ce que j'appelle la quatrième dimension.

Fin mars, le texte est sélectionné par le comité de Lecture Tous public.

Quelques jours plus tard, les EAT me demandent si je suis d'accord pour que ce texte soit présenté à des metteurs en scène émergents. Je suis ensuite contactée par Sévane Sybesma finaliste du Concours Jeunes metteurs en scène du Théâtre 13 en 2014.
Elle me dit avoir eu un coup de coeur pour le texte et désire le mettre en maquette.
Commence alors un échange de mails. Puis une rencontre en Octobre 2015 à Paris. Une autre avait été programmée le 14 novembre 2015 afin de rencontrer les acteurs qui travaillent avec elle sur le projet. Hélas, le 13 novembre des attentats meurtriers ensanglantent Paris.
On annule.
Après nous avons travaillé en concertation, par téléphone ou par mail.
Dès le départ, je lui ai exprimé mon désir de la laisser libre de ses choix. 
Ces échanges furent enrichissants sur le plan humain et artistique.

La maquette que Sévane nous a présentée était très aboutie. En elle-même, elle constitue un vrai spectacle. Pas besoin de lourds décors, de machineries, d'autres choses pour que vivent mes mots et qu'ils agissent émotionellement  sur les spectateurs.
Des bruitages et quelques compositions musicales, la voix superbe de Dimitra Kontou donnent à l'ensemble un décor sonore suffisamment fort pour que chacun  soit emporté.

Sévane Sybesma montre dans cette mise en maquette un vrai sens du tragique. Ce sens trop rare aujourd'hui, présent chez quelques metteurs en scène comme Jean Bellorini ou Marie Lamachère.
Elle sait ne pas en faire "trop". Elle évite l'écueil du rouge sur rouge dans la direction de ses acteurs. Le tragique de texte est souligné par la légèreté enivrante et juste de l'interprétation de ses comédiens talentueux. 

Réflexions de la metteur en scène

Ce fût une chance de pouvoir lire et découvrir une pléiade d'auteurs contemporains vivants et de les mettre en voix.
Je me suis prêtée pour la première fois au jeu de la maquette et m'y suis engagée au même titre qu'une vraie mise en scène.
Ma première ambition était de faire entendre le texte, tout en y apportant un éclairage personnel. Parmi tous les textes proposés, celui de Louise Caron s'est imposé à moi comme une évidence. Sa dimension tragique faisait écho à ma première mise en scène,"Papiers d'Arménie", présentée au Théâtre 13. Sa problématique très actuelle m'a interpellée.  
D'autre part,  c'est toujours très impressionnant d'avoir l'opportunité de rencontrer l'auteur des mots qu'on met en scène. La rencontre avec Louise a été simple et riche. Nos échanges ont nourri mon travail de mise en scène.

Quel public pour ce genre de manifestation:

La salle du théâtre 13/Seine était bien remplie, je ne sais pas combien mais disons 80 personnes qui ont sacrifié leur déjeuner pour venir là, voir le théâtre advenir. Des relations bien sûr des comédiens, quelques professionnels (J-L Paliès, L. Doutreligne) mais qui des EAT qui soutiennent les Mardis midi ? Elie Presmann, Sylvie Chenus en tant que responsable du Comité de lecture qui avait sélectionné le texte. Jacqueline Schulz pour l'administration avec la nouvelle stagiaire...  Une ou deux personnes s'étaient excusées. Mais les autres auteurs, les parisiens les franciliens ? Tous étaient-ils déjà engagés dans des répétitions, stages, voyages... ou bien n'est-ce pas symptomatique d'un chacun pour soi? Une association d'indifférents à l'écriture scénique contemporaine ? Je souligne ce point parce que nous l'avons évoqué à la fin lors d'une discussion intéressante. Même si j'étais Sévane et moi étions les premières concernées par ce désintérêt, je n'ai pas été la seule à déplorer ce manque de curiosité pour une auteur  et une metteur en scène pas connues (émergeantes,  comme on dit ?), des gens qui ne font pas partie du sérail ?

En revanche, le public des anonymes, ceux qui étaient venus écouter parce qu'ils aiment la découverte sont repartis enchantés, certains avec le texte en poche.

Après tout c'est pour eux aussi que j'écris et que Sévane met en scène. On sait très bien que nul n'est prophète en son pays ainsi en va-t-il d'un tout petit pays : Les EAT. N'y voyez nulle amertume juste un soupçon de regret pour le travail du Comité de lecture, celui des Mardis-midi, celui des comédiens de la metteur et scène.

mercredi 13 avril 2016

Mes lectures du moment


L'arracheur de petites âmes de Grégory Mion
Editions Les Occultés (2015)



Quatrième de couverture: Boston. Zachary Bannerman est ingénieur dans le secteur de la finance. Propulsé par la réputation de sa famille et une intelligence rare, il a fait son chemin. Il regarde la vie de haut. Pour réussir, il n’a pas hésité à montrer les dents et les portes se sont ouvertes les unes après les autres. Mais tout ceci n’intéresse pas vraiment Bannerman. Pendant son temps libre, dans le double-fond de son existence, il manigance d’épouvantables assassinats. Il n’est pourtant pas l’un de ces brillants déséquilibrés qui, à l’instar de Patrick Bateman, règle ses comptes avec la race humaine. Les cibles de Bannerman sont particulières : végétale et animale, uniquement. Il massacre la nature avec méthode et acharnement, bravant continuellement la société au risque d’être démasqué.

En éliminant tout ce qui ne peut pas se défendre, Bannerman s’érige en vainqueur discutable de l’humanité. Derrière sa sordide génialité et le prisme métaphorique de la vulnérabilité, l’ombre du glaive de la Justice se porte sur l’identité du modèle occidental, et la banalité quotidienne de ses monstres, omnipotents.Qui saura l’entraver ?

Résumé: Ce serait une offense à l'auteur de tenter de résumer la trajectoire intellectuelle et intérieure du "héros". Le temps traversé et les aventures qui s'y déroulent n'ont d'autre but que d'amener le lecteur au questionnement sur la faiblesse, la puissance, la justice ou son contraire.
L'histoire de Zachary Bannerman a ses racines dans un précédent récit publié en numérique aux éditions Aux Forges de Vulcain et portant le titre de "Avec l'assentiment du reptile".
L'histoire d'un déséquilibré sans consistance qui tue des innocents dans un motel de Phoenix. L'arracheur de petites âmes nous fait retrouver ce Zachary Bannerman dans une version développée de sa psychologie.

Mon avis : Ce livre est extrêmement dense, l'écriture pléthorique, précise. Elle coule comme du plomb fondu. On sent que l'on va s'y brûler et que chaque mot compte. L'histoire replace l'épouvantable héros dans son contexte social. Et c'est un des grands intérêts de l'ouvrage. En plus des réflexions que ce livre suscite sur la cruauté gratuite envers les faibles - d'autant plus brutale qu'elle est impunie- j'y ai vu une profonde critique de l'éducation qui tend à faire des enfants des enfants-rois. Un individu est le produit de son génome façonné par l'épigénèse. Les mots de l'auteur résonnent longtemps dans le cerveau du lecteur, parce qu'au travers de la métaphore qu'il a choisi de filer, c'est toute la société américaine ( et peut-être occidentale) qui est mise en perspective. Et en final qu'est-ce qu'un monstre ? N'y en a-t-il pas un de tapi dans le creux de nos âmes insensibles à la misère du monde. Un très bon livre sans concession. A lire pour celles et ceux qui aiment les écritures développées, âmes sensibles s'abstenir.


Où se procurer le livre:  http://lesoccultes.com/catalogue/larracheur-des-petites-ames-par-gregory-mion/

Biographie: Né en 1983, Gregory Mion enseigne la philosophie dans un lycée de Provence. Après avoir vécu un certain temps au Nouveau Monde, il a fini par revenir sur le Vieux Continent. Investi dans la recherche et la création littéraires, il est également passionné par les avions, mais seulement les avions qui transportent des passagers (avec une préférence pour le charismatique A-330). Il envisage ainsi de concrétiser le projet donquichottesque d’une reconversion dans le pilotage de ligne.

Mes lectures du moment

Golem de Pierre Assouline Eds Gallimard (2016)

Résumé : Gustave Meyer, grand maître  d'échecs épileptique : voit soudain sa vie basculer le jour où il est soupçonné du meurtre de son ex-femme, décédée dans un inexplicable accident de voiture. À partir de là c'est la fuite sous une autre identité, isolé de sa fille, il est la proie de sa vie : l'étrange opération chirurgicale qu'il a subie à son insu et qui l'a "golémisé" en décuplant ses facultés mentales ; la relation ambiguë qu'il entretient avec l'ami qui l'a opéré ; le sentiment diffus de ne plus s'appartenir et de devenir un monstre au regard de la société. Une clé lui manque, qu'il part chercher en errant dans ce lieu de tous les danger le coeur de l'Europe.

Extraits : Fondamentalement, l'ordinateur et l'homme sont les deux opposés les plus intégraux qui existent. L'homme est lent, peu rigoureux, et très intuitif. L'ordinateur est super rapide, très rigoureux et complètement con.

Il se résolut à diviser l'humanité en deux catégories : ceux qui en viennent à se demander où peut bien aller le blanc une fois que la neige a fondu, et ceux qui ne comprennent même pas qu'il y ait des gens pour s'infliger un pareil tourment.


Mon Avis: J'avais beaucoup aimé  le précédent roman de Pierre Assouline. Du coup Golem m'a laissé une étrange impression de confusion. Le sujet du transhumanisme qui est le point de départ de la fiction se dilue peu à peu dans le mythe du Golem, l'enquête policière prétexte à la fuite n'est pas traitée à fond. C'est un roman où le mélange nuit. L'auteur perd le lecteur. Rien n'est exploré à fond. Même si la lecture est agréable on reste sur sa faim. Il y a tout de même des pistes de réflexions sur les recherches dans le domaine des neurosciences qui ambitionnent d'augmenter l'homme.


Mes lectures du moment

Trois jours avec Norman Jail de Eric Fottorino 

Eds Gallimard (2016)



Résumé : Au bord de l’océan vit un vieil homme étrange et marginal, Norman Jail. Il fut écrivain. Ecrivain d’un unique roman, Qui se souviendra de nous ? , publié avant la Seconde guerre mondiale. Il fait 20 ans. Norman Jail est un pseudonyme, on découvrira  comment l'écrivain multiplia les masques. Un jour débarque chez lui une mystérieuse visiteuse. Qui de lui ou d’elle est l’imposteur de l’autre ? Je n’en dis pas davantage il faut lire toutes les lignes et entre les lignes.


Extrait : On ne m'avait pas appris à penser par moi-même. Pire, on ne m'y avait pas autorisé. Qu'aurais-je pu écrire de personnel en l'absence de personnalité ? La page immaculée était le miroir de mon inexistence. Si elle était vide, c'était de ma propre vacuité. Jusqu'au jour où j'ai enfin compris. 
- Compris quoi ?
- Qu'on n'écrit pas avec sa tête. Ecrire n'est pas penser. C'est même tout le contraire. 
-Pas d'intelligence ? fis-je, incrédule.
-L'intelligence du cœur.


Mon avis : Ce roman est à tiroirs, on en ouvre un et un autre se profile derrière. Des histoires dans l’histoire jusqu’au jaillissement final. Ce roman est un hommage à la littérature et au pouvoir de la fiction et des mots. Dans la première partie, l'écrivain réfléchit à la question de l'écriture et du roman. La seconde partie dévoile les différents masques dont l'auteur a usé tout au long de son existence pour travestir la réalité et s'inventer des vies plus exaltantes que la sienne. Ce livre d’une beauté austère, à l’écriture fluide, est en même temps une réflexion sur l'art du roman. Le pouvoir de l’écriture.


Biographie: Eric Fottorino, né le 26 août 1960 à Nice1, est un journaliste et écrivain français. Connu comme romancier et comme essayiste. Depuis la parution de son premier roman Rochelle, en 1991, Eric Fottorino a publié dix romans. Il a reçu plusieurs prix pour son œuvre, et notamment le Prix Europe 1 et le prix des bibliothécaires pour Un territoire fragile (2000), le prix François-Mauriac de l'Académie française (prix annuel de littérature créé en 1994) pour Caresse de rouge (2004), le Prix Femina pour Baisers de cinéma (2007)18 et le prix des lectrices de Elle 2010 pour L'homme qui m'aimait tout bas19.
Ses grands reportages lui ont inspiré des textes de fiction comme Cœur d’Afrique (Stock, Prix Amerigo Vespuci) ou Nordeste (Stock). Mais l’essentiel de son œuvre place la quête des racines et de l’identité au cœur de personnages fragiles cherchant à se construire un destin20. L’enfance est pour lui une source d’inspiration sans cesse renouvelée, marquée par les grandes questions de la vie, les mensonges et les insuffisances des adultes. Enfant adopté par un pied-noir de Tunisie, Michel Fottorino, auquel il consacra un récit, L’Homme qui m’aimait tout bas (Gallimard 2009, Grand Prix des Lectrices de Elle), Eric Fottorino est le fils naturel d’un juif marocain natif de Fès. Ces deux hommes, l’un kinésithérapeute, l’autre gynécologue, ont inspiré Eric Fottorino à travers son roman Korsakov (Gallimard 2004) ou ses récits Questions à mon père (Gallimard 2010) et Le Marcheur de Fès (Calmann-Levy 2013, Folio 2014). L’enfance et ses blessures sont très présentes dans des romans comme Caresse de rouge (Gallimard 2004, prix François Mauriac de l’Académie française), Korsakov (Prix du Roman France-Télévisions, Prix des Libraires), Le Dos crawlé (Gallimard 2010) ou Chevrotine (Gallimard 2014). Eric Fottorino a reçu le Prix Femina en 2007 pour son roman Baisers de cinéma, où la quête du héros porte sur sa mère restée inconnue.