La phrase du jour

“"Si le théâtre oublie le monde, le monde finira pas oublier le théâtre". Bertolt Brecht



mercredi 3 janvier 2018

L'an neuf (2X9)


Les humains sont de grands optimistes ou de grands naïfs, s'ils ne croient plus au père Nooël, ils continuent à espérer qu'un tour d'horloge permettra au monde d'être plus sage, meilleur, que la santé s'améliorera et qu'on sera plus heureux à minuit une que pendant les 365 jours qui se sont écoulés, pleins de haine, de guerre, de souffrances et de misère.
On veut de toutes nos forces, qu'à l'ultime minute où l'an vieux bascule dans l'an neuf, l'ardoise s'efface, le tableau de bord se remette à zéro et qu'on puisse tout re-commencer, comme si de rien n'était.
Si nous sacrifions tous (ou presque) à cette méthode Coué, c'est qu'elle est aussi une façon de ne pas perdre le contact, dans un monde éclaté, de renouer des liens distendus ou se rappeler au souvenir de connaissances éloignées. Bref, c'est l'occasion d'être aimables aux autres en leur souhaitant le meilleur.
Après tout ce n'est pas plus bête qu'autre chose et le mail, les réseaux sociaux ont redonné une belle jeunesse à la tradition en s'épargnant le corvée des cartes de voeux 

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La tradition des voeux vient de Grande Bretagne. C'est l’apparition du premier timbre poste, le « Penny Black »,  en 1840 qui entraîna l’échange de courrier. La coutume anglaise se répandit dans toute l’Europe et en France il devint de bon ton d’envoyer ses vœux.
Cependant, il existait en France une autre coutume ancestrale : les visites du nouvel an. 
De façon formalisée et rituelle, on rendait visite, dans les quinze jours qui suivaient le 1er Janvier, à sa famille et amis, à ses voisins. À l'époque tout était hiérarchisé en fonction du respect dû aux plus âgés. Les plus jeunes allaient vers les plus vieux. Et puis, comme cela ne se fait pas d'accepter sans rendre, il fallait rendre les vœux, on faisait ‘’Série’’, un peu comme pour la galette des Rois, on tire chez l'un; puis on tire chez l'autre.

dimanche 19 novembre 2017

Dédicace-rencontre à La librairie d'Anduze

A l'invitation de la libraire de La Porte des Mots à Anduze, Nicole de Fréminville, je suis allée hier dédicacer mon dernier roman, Les rumeurs du Mississippi, et le précédent, Chronique des jours de cendre, en lire des extraits et surtout échanger avec les lecteurs.



Parler de littérature et aussi de ce qui motive une auteur, ancienne scientifique, comédienne, écrivain pour la scène à se lancer dans l'écriture romanesque.
Comment se fait le choix des sujets de mes romans...
Pourquoi la guerre, le bruit et le chaos du monde sont au coeur de mes livres.
Est-ce que le théâtre et la littérature sont deux mondes séparés, où est la frontière...

Voilà quelques-unes des questions auxquelles j'ai répondu.

Je n'écris pas sur la guerre, j'écris sur les petites gens qui sont pris dans la guerre, ces personnes qui n'ont aucune prise sur ce qui se passe autour d'elle et qui va les broyer.

J'écris des histoires d'existences, je laisse se dérouler les destins dans le chaos du monde, j'observe les dégâts, je les décris afin qu'ils frappent les lecteurs.
Si mes romans font réfléchir ne serait-ce qu'un instant à l'absurdité des conflits, la paix a gagné pendant un instant.

La libraire m'a fait un très beau compliment, elle s'est prise en lisant à chercher le nom du traducteur, tant l'écriture était américaine, tant les individus et la société campée était américaine.
ON m'a demandé si c'était voulu ou fortuit.
C'est souvent qu'à posteriori, on se vante d'avoir voulu et réussi tel ou tel effet. Dans mon cas, ce fut inconscient, j'ai écrit sur l'Amérique, sur des américains et comme je le fais lorsque je travaille un rôle, j'ai cherché à être au plus juste, au plus près de la vérité, j'ai puisé dans ce qui m'a imprégné de l'Amérique, les auteurs: Faulkner, Toni Morrison, Jim Harrison, Paul Auster et tant d'autres dont je me suis nourrie.
L'écrivain est toujours un anthropophage.

Un très beau moment de partage. 
Merci à la libraire de ce beau lieu qu'est LA PORTE DES MOTS






mercredi 28 juin 2017

Avignon OFF 2017

Cette année, la Cie T2A que je co-dirige sera présente sur plusieurs fronts.

En tant qu'auteur et interprète, j'aurais le plaisir de lire une de mes dernières pièces
Le dernier RER, en compagnie de Michel Caron, Christophe Lancia et Danielle Vioux.
C'est à l'SLE 80 rue des Trois Pilats à Avignon à 14h30 le lundi 10 Juillet.
L'après-midi de lecture est organisée pour les auteurs de EAT-Med.




Le 13 juillet au Conservatoire du Grand Avignon, le texte De Brèves Rencontres (co-écrit avec Michel Caron) fera l'objet d'une mise en espace. Jean-Philippe Daguerre l'a choisi parmi les textes du catalogue des EAT pour cette Première Approche.



mercredi 25 janvier 2017

Coup de chapeau

à la Cie Machine théâtre pour Dom Juan désossé



Un spectacle sans faute de la Cie Machine théâtre.
Dans une mise en scène dépouillée, Dom Juan désossé de certaines de ses scènes "à machinerie", nous donne à entendre le texte, dans la pureté de sa langue, encore si actuel de nos jours ; sans spolier,  la séquence sur l'hypocrisie est un délice en ces périodes électorales.

Je cite DJ qui s'adresse à son père :
"Vous me voyez revenu de toutes mes erreurs; je ne suis plus le même qu'hier au soir, et le Ciel tout d'un coup à fait en moi un changement qui va surprendre tout le monde..."

Peu après Sgnanarelle s'adresse à son maitre:

S: " Ah, Monsieur que j'ai de joie de vous voir converti ! Il y a si longtemps que j'attendais cela, et voilà que grâce au Ciel tous mes souhaits accomplis.

DJ: Quoi tu prends pour bon argent ce que je viens de dire, et tu crois que ma bouche est en accord avec mon coeur ?

Bravo aux 2 acteurs (Cyril Amyot et Laurent Dupuy) fantastiques de justesse, n'ayant rien d'autre comme écrin que le texte et leur talent.
Je salue particulièrement la mise en scène de Brice Carayol qui s'appuie sur le jeu d'acteurs en leur laissant l'espace des tréteaux pour nous convaincre.
Je craignais qu'une Elvire jouée par un barbu ne porte à sourire mais non. L'interprétation sincère, au plus près de l'émotion du texte, est digne et émouvante.
La scène de Monsieur Dimanche, souvent omise, est aussi un régal de la façon d'abuser les petites gens par le discours.
Et si on sait lire entre les mots, la parole de Dom Juan est un manifeste en faveur de l'athéisme et du libertinage...



Dans la programmation du Cratère d'Alès. Allez-y.

La meilleure pièce de Molière, et la plus contemporaine. On ne manquera pas de faire le rapport avec la scène de l'hypocrisie. Ce qu'on dit aux électeurs du bas et ce qu'on dit aux électeurs du haut sur la façon la plus habile de rouler les premiers.


François Fillon face aux patrons - Événements par publicsenat



dimanche 4 décembre 2016

Mes lectures du moment

Dernier avis avant démolition de Fabien Maréchal 

Editions Antidata, 2016


Résumé: dans ce recueil de nouvelles l'auteur aborde la lutte des classes, dont on nous dit qu'elle a disparue,  sur un mode nostalgique et désabusé, ou dans un registre plus combatif. L'humour est ravageur et c'est une exploration du sens de la vie.

4eme de couverture :Un vieil ouvrier retranché dans son immeuble promis à la destruction, un syndicaliste qui s’obstine à organiser une grève vouée à l’échec, ou un étrange photographe coureur des bois : pour ces personnages, le sens qu’ils donnent à leur vie prime sur toute autre considération… Qu’ils embrassent les luttes sociales, des idéaux politiques ou la quête extatique d’une réalité cachée dans la nature, les voilà aux prises avec un monde extérieur peu enclin à se plier à leurs aspirations profondes. Ils sont tous des combattants chancelants qu'une flamme maintient en éveil.
Fabien Maréchal nous livre un recueil empreint d'humanité et d’humour qui échappe toujours au cynisme

Extrait : Démolition
Ce matin, pour la première fois depuis dix ans, je ne prendrai pas mes médicaments pour le cœur et contre l’angoisse. J’aurais dû arrêter plus tôt, dès qu’ils ont annoncé la démolition de l’immeuble. C’est terrible comme on s’attache à ce dont on n’a pas besoin. On harponne une illusion, on se la colle dans le crâne et, pour l’en sortir, il faudrait se faire sauter le caisson.
Le jour n’est pas encore levé. Le chant des merles du square parvient à peine à ma fenêtre, au seizième étage. Les lampadaires jettent des cercles de lumière jaune sur l’allée, entre les deux barres HLM d’en face et la butte de terre de remblai engazonnée. Rien ne bouge. Dans un quart d’heure, des ouvriers et des agents d’entretien sortiront de leurs clapiers pour attraper les premiers RER, par-delà le boulevard Gagarine.
Des immeubles, on en a déjà détruit des tas. J’ai vu des images au journal régional. On laisse la foule à cinq cent mètres, derrière des barrières, un haut-parleur claironne le compte à rebours, un hélicoptère survole la scène. Pour une barre, toutes les charges explosent en deux secondes à partir du milieu, ou alors d’un côté à l’autre, et elle s’écroule sur elle-même ; une tour, on a l’impression qu’elle s’enfonce dans le sol par un ascen- seur dont les câbles ont lâché. À peine le temps de cli- gner des yeux, tout est par terre. Un nuage blanc-beige remonte des gravats, et seules les volées d’oiseaux qui piaillent en cercles affolés percent le silence après les déflagrations. Puis le vent finit par pousser le nuage,  les oiseaux se posent sur un toit ou un arbre, et c’est fini.  Comme  si  personne  n’avait  jamais  vécu  là  et  que  l’endroit était resté tel qu’après-guerre. Un amas de décombres.
Les lampadaires s’éteignent. Un train crisse sur ses rails, au loin. Les façades des barres, bâchées en vue de la démolition de ma tour, répercutent le vrombissement des camions sur la rocade nord-est. Je me détourne pour aller tapoter le baromètre dans l’entrée de la cuisine, et il descend d’un cran.
L’immeuble qu’on va abattre, j’ai participé à son édification. 
Le bâtiment, dans les années 1950, c’était une nouvelle guerre: on n’en avait jamais assez. Il fallait reconstruire ce que les Allemands avaient détruit, reconstruire ce que les Alliés avaient détruit, loger les Français qui ne pensaient qu’à faire des gosses et les provinciaux qui montaient à la capitale. Plus tard, il faudrait loger les coloniaux, les harkis, les ouvriers d’Afrique du Nord. On ne savait plus où loger de la tête.
On dressait les cités de l’Avenir radieux sur cinq cents mètres de long et dix, vingt étages de haut: chantez lendemains! Voici le temps des bâtisseurs et
du vide-ordures, de l’eau courante et du chauffage pour tous, toilettes privatives, douches, ascenseur. Les communistes ont peut-être quitté le gouvernement, disait mon secrétaire de section, mais le gouvernement ne se rend pas compte que Lénine occupe un peu plus le pays à chaque appartement HLM supplémentaire.
J’habitais Malakoff et travaillais sur un chantier en banlieue nord –et rouge. Je lisais L’Humanité dans le bus qui traversait Paris. Des photos du Grand Frère de l’Est montraient des immeubles démesurés le long d’avenues où l’on aurait pu entasser tous les cortèges parisiens du Premier-Mai depuis 1945 sans qu’on ne s’y sente à l’étroit. Tant de grandeur, de hauteur, de largeur, de largesse, ce ne pouvait être que l’Avenir radieux.
Comme je suis lorrain par ma mère, mon chef de chantier me surnommait «Choucroutchev». Pour lui, l’Alsace et la Lorraine, c’était kif-kif, juste de quoi entonner le refrain d’une chanson contre les Boches. Et puis à l’époque, beaucoup de monde insinuait encore qu’il n’avait pas fallu pousser trop fort les Malgré-nous dans le dos. Je n’avais pas l’accent, mais j’étais né à  Pont-à-Mousson, ça suffisait à certains pour imaginer  ma mère tondue à la Libération tandis que mon père pourrissait sous la terre d’Ukraine avec la moitié de la division Das Reich.
En réalité, mon père était originaire de Libourne. On ne l’avait pas vu revenir en 45 pour la bonne raison qu’il était mort dès 38. Accident de chasse, selon ma mère. Quand elle l’a rejoint, en 57, à la suite d’une pneumonie, le caveau portait déjà: «Jean Delussel, 18novembre 1918 – 15 décembre 1938 ».
Vingt ans, un rayon de soleil entre deux tempêtes. Et moi.


Mon avis:  Généralement les nouvelles me laissent sur ma faim. L'impression que l'auteur paresseux m'a pas cherché à développer davantage. Avec ce dernier avis avant démolition au contraire, chaque texte est abouti du point de vue de l'histoire et des personnages. Ils sont à la fois des spécimens uniques et chacun d'entre nous, nous je veux dire les petites gens. Ceux qui se lèvent à 5h du mat' pour aller au charbon, quand il y avait encore du charbon, du travail. L'auteur développe la nostalgie de ces lendemains qui devaient chanter mais dont le chant a été entravé par le monde tel qu'il est aujourd'hui. J'ai adoré.
Voilà un cadeau de Noël intelligent à offrir aux vieux pour réveiller leur souvenirs et aux jeunes pour éveiller leurs consciences engourdies par trop de cliquant.

L'auteur:  Fabien Maréchal est journaliste et collabore au magazine National Geographic France.  Dernier avis avant démolition est le deuxième recueil de l’auteur, après Nouvelles à ne pas y croire, publié en 2012 aux éditions Dialogues.

voir son site

mardi 1 novembre 2016

Mes lectures du moment

Succession Jean-Paul Dubois 

éditions de l'Olivier 2016

La succession par DuboisRésumé : Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Il a beau y avoir connu le bonheur, rien n’y fait : il est complètement inadapté au monde. Même le jaï-alaï, cette variante de la pelote basque dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasser le poids qui pèse sur ses épaules. L’appel du consulat de France lui annonçant la mort de son père le pousse à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui.
Car les Katrakilis n’ont rien d’une famille banale : le grand père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, était un homme insensible, sans vocation ; l’oncle Jules et la mère, Anna, ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. En outre, cette famille semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction.
Paul doit maintenant se confronter à l’histoire tragique de son ascendance, se résoudre à vider la demeure. Jusqu’au moment où il tombe sur deux carnets noirs tenus par son père. Ils lui apprendront quel sens donner à son héritage. 
Extraits : "Il ne faut jamais se tromper de vie. Il n'existe pas de marche arrière". Cette phrase apparemment anodine ne m'a pourtant jamais quitté. Elle m'a accompagné toute mon existence. (...)
Sans doute Jules était-il un homme translucide, traversé par la lumière sans jamais la capter, mais il fut le seul membre de ma famille à tenter de m'ouvrir au monde et aux autres (..) "(p. 77)

"Je ne dirai jamais assez combien la compagnie et la présence de ce chien me furent précieuses durant cette période où la mémoire des morts allait et venait au gré des flux et des marées de la mémoire. parfois je lui parlais et il me donnait le sentiment de tout comprendre, de la plus insignifiante de mes remarques à mes questionnements d'humain et le bien-fondé de mes doutes sur la solidité de mon patrimoine génétique. "(p. 85)

Mon avis : Je suis une admiratrice de Jean-Paul Dubois dont la plupart des ouvrages sont de grande qualité. Celui-ci m'a laissée sur ma faim. L'impression qu'il n'avait pas choisi une ligne directrice pour son récit. Qu'il nous ballade sans vraiment nous embarquer. Néanmoins l'écriture est comme toujours élégante, pleines d'images. Des moments d'émotions, de tendresse naissent surtout de son rapport avec le chien. On y retrouve bien sûr le désenchantement, la dérision, l'ironie, jusqu'à la mort.
 Ce roman traite aussi de la fin de vie, à travers une famille marquée par le gêne du suicide, à l'instar de la famille Hemingway et du suicide assisté. Mais contrairement à En souvenir d'André de Martin Winckler, ça m'a laissée de marbre.Je n'ai pas eu les larmes aux yeux sauf aux passages sur les animaux. Jean-Paul Dubois a dû être chat ou chien dans une vie antérieure.

mercredi 27 juillet 2016

Mes lectures du moment

Penser l'Islam de Michel Onfray 

Editions Grasset (2016)

Résumé:  «Il est difficile, ces temps ci, de penser librement et encore plus de penser en athée. Affirmer que les idéaux de la philosophie des Lumières sont toujours d’actualité nous fait paradoxalement passer pour des réactionnaires, des islamophobes, voire des compagnons de route du Front National assimilé au fascisme. 
Dans un monde qui prétend en masse «Je suis Charlie», Voltaire revenu passerait pour un défenseur du fanatisme! C’est le monde à l’envers. 
Je me propose de réactiver la pensée des Lumières dans ce "Penser l’Islam". Non pas le penser en faveur ou en défaveur, ça n’est pas le propos, mais en philosophe. 
Je lis le Coran, examine les hadiths et croise avec des biographies du Prophète pour montrer qu’il existe dans ce corpus matière au pire et au meilleur: le pire, ce que des minorités agissantes activent par la violence, le meilleur, ce que des majorités silencieuses pratiquent de manière privée. Comment la république doit-elle considérer ces deux façons d’être musulman? Y-a-t-il des relations et des points de passage entre minorités agissantes et majorités silencieuses, sachant que l’histoire est faite par les premières, pas par les secondes?
Ce livre remet également en relation ce qu’il est convenu d’appeler le terrorisme avec la politique étrangère islamophobe menée par la France derrière l’OTAN depuis des années. Nous nommons barbarie ce que nous ne voulons pas comprendre. 
L’islam terroriste a été partiellement créé par l’occident belliqueux. Les choses ne sont pas aussi simples que ce que, de part et d’autre, on voudrait nous faire
 croire. D’où la nécessité de se remettre à penser. Sur ce sujet comme sur d’autres.»

Extraits: Ose penser par toi même" était la devise des Lumières

L'indéniable retour du religieux a pris la forme de l'islam en Occident. Ce retour est à penser dans l'esprit de Spinoza : hors passions, sans haine et sans vénération, sans mépris et sans aveuglement, sans condamnation préalable et sans amour a priori, juste pour comprendre
Aujourd'hui, ce qui se présente comme la gauche défend l'idée que les pauvresses rendues misérables par le capitalisme (qu'elle ne combat plus) puissent louer leur utérus à des riches désireux d'implanter leur foetus dans des ventres de location - comme on loue une place de parking ou un garage.


Mon Avis: Beaucoup de bonne volonté de la part du philosophe à vouloir se défendre de ses pourfendeurs à vouloir tout expliquer, cependant son texte est pleins de clichés, parfois il fait preuve d'une naïveté déconcertante vis-à-vis d'un Islam soluble dans la république. A vouloir avoir des avis sur n'importe quoi, l'auteur se décrédibilise. La philosophie est un art de la pensée, pas des phrases assénées.  À lire pour sa lucidité sur la responsabilité de la gauche dans les problèmes actuels.Et reconnaissons qu'il a lu le Coran.

lundi 25 juillet 2016

Hommage à Philippe Ivernel

Philippe Ivernel est mort au début du mois de Juillet. À quelques jours du début du Festival d’Avignon.
C’était un homme érudit, amoureux du théâtre et spécialiste de Bertold Brecht. On lui doit entre autre la traduction française en deux tomes du  journal d’Amérique et journal de Berlin de B. B. publiés à l’Arche.
J’ai eu le plaisir de rencontrer deux fois fois par semaine Philippe, pendant presque deux ans qu’a duré l’aventure  des Ateliers de création du TEP (dirigé par Guy Rétoré.)
Prévue pour durer une saison, cette aventure s’est prolongée, deux  autres saisons avec des buts sensiblement différents de ceux du départ.

Philippe dans la salle de répétition du TEP


Philippe assistait sagement, en observateur réfléchi, aux ateliers, aux improvisations, relisait les écrits des stagiaires, parlait de l'écriture et de la distanciation du jeu. L'Aventure des Ateliers du TEP était une façon de questionner le théâtre des années 90. Il avait d’ailleurs écrit « Espoirs de théâtre par temps incertains » dans un supplément au Mémento du TEP en 1995.
Philippe fut partie prenante de ces ateliers, témoin de cette expérience singulière et plurielle dont il a rendu compte.  Témoin la plupart du temps muet, il est parfois sorti de sa réserve pour répondre aux questions que je me posais sur l’expérience que nous vivions, sur la façon dont je me sentais  «instrumentalisée », sur les mosaïques issues de nos textes et sélectionnées par les encadrants de façon souvent autoritaire.

En 2003, il m’avait contactée à propos d’un chapitre qu’il avait à écrire pour un ouvrage collectif intitulé « Du théâtre amateur, approche historique et anthropologique » édité aux Editions du CNRS, Arts du spectacle. Il voulait citer certaines des notes que j’avais produites au cours de cette aventure qu’il analysait a posteriori (10 ans après) dans le chapitre « Le Public Acteur  Sur un processus d’improvisation collective dans les ateliers de création du TEP (1993-1994) ».

Au moment où le chapitre a été écrit, Philippe me l’avait envoyé pour relecture. Je lui avais signalé que je n’étais pas d’accord avec ce qu’il avait relaté sur le choix des stagiaires.

«  Mais qui  étaient plus exactement ces stagiaires ? Les demandes ayant afflués en masse, les candidats furent reçus individuellement et admis après entretien. […]
 Priorité (non exclusive) a été donnée aux abonnés du TEP et aux habitants des quartiers environnants, mais de telle sorte que soit retenu un groupe représentatif de la population en général. Par ailleurs devaient être écartés ceux qui confondaient les Ateliers avec une Ecole d’Art dramatique faite pour transmettre un métier (à plus forte raison un savoir-faire codifié). Il se serait plutôt agit d’une école du spectateur »

Ceci est contradiction parfaite avec des remarques qu'il mentionne sur le fait que la démarche d’improvisation pour ces « amateurs » est moins éloigné qu’il n’y paraît du travail recommandé par de grands professionnels comme Antoine Vitez ou Jacques Lecoq.
Car, en dépit de toutes les allégations des encadrants,  au TEP nous étions bien à l’école du théâtre, encadrés par des professionnels de qualité et très exigeants sur le jeu, l'articulation... bref sur les techniques de bases d'un comédien (G. Werler, J. Hadjaje).
L'objectif affiché était  de libérer la capacité de jeu dont est capable le spectateur ordinaire. Pourtant la sélection, contrairement à ce qui a été écrit, n’avait pas du tout éliminé des gens comme moi, ou Michel Caron, Olivier David, Laurent Contamin..., et bien d'autres… qui étions des « spectateurs » issus de cours d'art dramatique !
Il est vrai que nous avons joué le jeu de la candeur. Il en valait la chandelle.

Cette aventure TEP 93-95 continue à m’inspirer dans mes choix, dans ma pratique de comédienne, et aujourd’hui d’auteur. « Rapprocher le théâtre des lieux de vie ».
Merci Philippe d’avoir, pour conclure ce chapitre, laissé la parole à Georges Werler :
«  On a souvent dit — et les participants le constataient aussi— qu’ils avaient fait durant ce stage « d’étonnats progrès ». C’est vrai ! Mais profondément, quel était le sens de cette remarque? si cela veut dire qu’ils ont appris à se maîtriser à mieux respirer, à articuler davantag, à donner à l’interprétation plus de force et de conviction, c’est bien, c’est beaucoup, mais ce serait insuffisant. Par sa puissance, le théâtre modifie les êtres, il les rend plus responsables et plus conscients. C’est l’humain qui s’épanouit et c’est alors l’homme vrai, la femme vraie, qui accepte d’êre et de se montrer ainsi. C’est cela qui m’intéresse surtout dans la pédagogie et la pratique théâtrales. Ce don de soi, quand il est partagé, rendu par cinquante, devient une force extraordinaire. Le collectif restitue à chacun son intégrité. »


Les frères Karamazov au Festival d'Avignon

lundi 4 juillet 2016

Mes lectures du moment

La renverse d'Olivier Adam 

éditions Flammarion (2016)



Résumé: L'histoire est simple. Retiré en Bretagne, solitaire, vivant de petits boulots, Antoine apprend la mort d'un homme politique, maire d'une commune de lointaine banlieue parisienne, ancien ministre. Des années plus tôt, cet homme a fait la une des journaux, accusé du viol de deux de ses employées avec la complicité de son adjointe et maîtresse, la mère d'Antoine.
Ce fait divers, qui renvoie à diverses affaires récentes, Olivier Adam le dissèque de l'intérieur, avec une précision clinique, les réseaux et les stratégies d'une certaine classe politique pour assurer son pouvoir, ses privilèges et son impunité. Ce roman est la tragédie intime d'un jeune homme prisonnier de sa révolte, replié sur sa douleur, perdu dans la confusion des sentiments et des souvenirs. Entre haine et amour pour des parents indéfendables.

Mon avis :
J'aime Olivier Adam, il est l'écrivain de la nostalgie. Celle de l'enfance, du couple, de la famille.
Sa matière, il la puise dans le regret des relations simples,où souvent les enfants font les frais de l'inconséquence des parents, ou de leurs troubles face à la vie.
 La Renverse, trouve son origine dans la  rigidité glacée d'une enfance humiliée, écrasée par le scandale et l'indifférence des adultes vis-à-vis des enfants. La renverse est ce mo­ment de latence entre marée montante et descendante, quand la mer retient son souffle avant de repartir. On est pris dans la tension entre l'empêchement d'Antoine, incapable de vivre, et ce mo­ment, où sa vie va basculer. A - lire pour le plaisir de se laisser emporter et de se sentir concerné.

Biographie: cf Wikipédia

Mes lectures du moment

Petit piment d'Alain Mabanckou  

éditions du Seuil  (2015)


Résumé : À l’orphelinat de Loango à 20 km de Pointe-Noire, le prêtre zaïrois Papa Moupelo recueille un nourrisson qu’il nomme Tokusima Nzambe po Mose Yamoyinko abotami namboka ya Bokoko, Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres. Le petit garçon, que tout le monde appelle Moïse par commodité, grandit presque heureux veillé par Sabine Niangui. Alors que le Congo trouve la voie de l’indépendance, les choses changent. L’impitoyable Dieudonné Ngoulmoumako et ses nombreux neveux, adeptes des punitions corporelles et des restrictions de budget, prennent la tête de l’établissement lorsque les religieux quittent le pays. En 1969, la révolution socialiste fait à son tour disparaître le bon père Moupelo.

Moïse n’a qu’un seul véritable ami, Bonaventure Kokolo. Quand les jumeaux Songi-Songi et Tala-Tala, deux petites brutes, s’en prennent à lui, il décide de le venger d’une façon plutôt cocasse qui lui vaut très vite le surnom de Petit Piment. Placé d’autorité sous la coupe des jumeaux, Moïse se laisse convaincre de fuir l’orphelinat avec les deux terreurs. Ils rejoignent les enfants des rues du Grand Marché de Pointe-Noire. Dans le quartier Trois-Cents, Moïse rencontre une mère maquerelle zaïroise Maman Fiat 500 et devient son protégé.

MON AVIS : Formidable récit initiatique, satire sociale et politique, dense, intense, d'une écriture naïve qui reflète l'enfant sans en être une caricature, pleine de trouvailles.  Petit Piment retrace, à travers les soubresauts de l’histoire contemporaine du Congo, la trajectoire chaotique d’un petit bonhomme livré à lui-même. Alain Mabanckou dédie cette fable urbaine moderne à Pointe-Noire, sa ville, son lieu-source. Mêlant l’humour, la folie et la sagesse, ce roman de la rue africaine, flamboyant et touchant, est habité par la poésie. Déployant verve et imagination, l’auteur explore le territoire de l’enfance avec toute la liberté que lui confère la forme du conte, n’hésitant pas à affronter les tabous africains, les conflits ethniques, le racisme intracommunautaire, la traite des esclaves, les outrances des régimes politiques, la corruption, la condition des femmes.





Biographie: voir Wikipedia:





Mes lectures du moment

Mythologies américaines de Dany Laferrière 

Editions Grasset (2016)

Ce volume rassemble les premiers romans de Dany Laferrière :
Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer (1985), 
Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ? (1993), Fête chez Hoki, (1987)
et un inédit : Truman Capote au Park Hotel
Ils constituent ce qu'il appelle sa " mythologie américaine ". 
Le jeune auteur nous transporte du Canada aux Etats-Unis. Il rêve, se rêve, rêve aux grands écrivains qu'il aime et rêve de devenir écrivain. 
Comme l'écrit son éditeur Charles Dantzig dans sa préface : " Peut-être veut-on être écrivain avant de vouloir écrire de la littérature. Elle nous piège ensuite. " Et le jeune rêveur qui dit qu'il ne fait rien à part discuter avec un copain et draguer des filles en se demandant avec ironie ce que c'est que la " confrontation Blanche/Nègre " passe en réalité son temps à écrire et le voici écrivain. 



Et dès ces premiers livres, on retrouve le Laferrière de L'Enigme du retour et de Je suis un écrivain japonais : l'homme qui joue des clichés pour mieux les contourner, le faux désinvolte qui construit patiemment une ouvre, l'humoriste qui dit des choses graves, et puis, surtout, le styliste souple et envoûtant, le romancier qui a inventé son propre genre de roman. 
" Ceci n'est pas un roman. Je le dis en pensant à Magritte dessinant une pipe et écrivant en légende : Ceci n'est pas une pipe. J'écris ce livre avec des notes prises sur le vif, un peu partout en Amérique du Nord. "


Biographie : cf Wikipédia


vendredi 17 juin 2016

Activités Avignonnaises 2016




Je lirai le Dimanche 10 Juillet à 10h00 à Présence Pasteur rue du Pont Trouca, avec Michel Caron de la Cie T2A mon texte Folie, un autre mot pour amour, ma rhapsodie Claudel.




Le Mardi 12, au Conservatoire d'Avignon, amphithéâtre Mozart, sera présenté dans "Première Approche" organisé par les EAT, une mise en espace de ma pièce "Comme un parfum d'épices dans les odeurs de menthe " éditée à La Librairie théâtrale (coll. Ecritures d'Aujourd'hui) Commande en ligne sur le site de l'éditeur.
Cette manifestation permet d'assister aux premières bases de travail entre un metteur en scène et des comédiens qu’il ne connaît pas, quand ces derniers ignorent encore jusqu’au dernier instant le rôle qui leur sera attribué. Une capture à vif pour tous les curieux du théâtre de bout en bout ! Avec la complicité des auteurs concernés et des comédiens qui se prêtent au jeu, il s’agit de donner à voir et à entendre les premiers .
Mise en espace Jean-Luc Palliès metteur en scène avec les comédien(e)s du collectif à Mots Découverts s’en empareront 
Mardi 12/07 10h00-13h." Amphithéâtre Mozart.



mercredi 27 avril 2016

Mes lectures du moment

Abraham et fils de Martin Winckler (2016) 

Eds P.O.L.


Résumé: 
Un jour du printemps 1963, Abraham Farkas, médecin rapatrié d'Algérie, proche de la cinquantaine et son fils Franz, âgé de neuf ans et demi arrivent pour la première fois à Tilliers, petite ville de la Sarthe. Abraham n’a qu’une seule préoccupation : son fils échappé mirculeusement à un coma profond suite à ce qu’il nomme un accident. Franz, lui, a deux amours : son père et les livres. Franz est resté amnésique et Abraham ne lui parle jamais dupassé, de sa mère et de leur vie d’avant. Ils s’installent rue des Crocus, dans la grande maison du Dr Fresnay, où Abraham va se remettre à travailler. Ils vont s’adapter, se faire adopter et réussir à se remettre à vivre.

Extraits :
« On embarque dans une histoire comme on part en voyage.
Certains aiment les croisières en paquebot. Ils somnolent dans un transat sur le pont brûlant de soleil et se laissent porter tout le jour, un cocktail à la main, avant d’aller rêver dans leur cabine de luxe. D’autres embarquent dans un sous-marin vitré pour se coller le nez sur le grand hublot et découvrir des mondes inexplorés, suivre des bancs de poissons, longer des galères englouties, regarder des plongeurs combattre un requin ou remonter un coffre des abysses. D’autres encore préfèrent s’élancer dans l’espace – l’ultime frontière – à la recherche de nouvelles formes de vie, de civilisations inconnues, pour se rendre là où nul n’est jamais allé. D’autres enfin s’asseyent à la terrasse d’un bistro pour regarder les lève-tôt entrer à la boulangerie, les épiciers sortir leurs cageots, les couche-tard regagner leur antre, les mères emmener leurs enfants à l’école.
Bref, les histoires sont faites pour nous mener en bateau et c’est pour naviguer qu’on embarque, sans toujours savoir où on va. »


« Ça vous paraîtra sans doute vieux jeu, mais je pense qu'un homme n'est pas fait pour rester seul. S'il reste seul longtemps sans rien ni personne pour s'occuper le corps et le cœur, un homme est malheureux, il s'étiole et il meurt. Une femme aussi, bien entendu, mais les femmes savent mieux que les hommes comment ne pas rester seules. Elles savent se retrouver et se parler ; elles ont toujours de quoi s'occuper l'esprit. La plupart des hommes cherchent surtout à s'occuper le corps. Et ils ont du mal à se parler, si ça n'est pas pour se mesurer les uns aux autres. »

Mon Avis :Martin Winckler possède l'art de conter des histoires. Il les situe le plus souvent dans le monde qu'il connait : la médecine. Cette fois-ci, il s'y mêle un peu d'autobiographie et il a même semé un personnage qui s'appelle Zaffran! Dans les romans de Martin Winckler la bienveillance domine. Un humanisme certain guide sa plume. On frise parfois, dans ce roman-là en particulier, une certaine mièvrerie, compte-tenu que les narrateurs sont d'une part un enfant, d'autre part une maison qui entend tout. Les deux récits se font écho à des niveaux différents de conscience. Il y a de l'émotion, de la sensibilité dans l'écriture. Le roman nous entraîne dans plusieurs histoires qui s'entrecroisent au présent et au passé. C'est parfois tiré par les cheveux et pour ma part, j'avais assez vite deviné le "secret" que la vieille bâtisse avait abrité et les circonstances de l'accident. Qu'importe le suspens, car les personnages sont attachants, bien campés, l'enfant est futé et on se prend l'aimer dans sa candeur éclairée. De ce fait on lit le roman d'un trait.Par ailleurs ça ne fait pas de mal de lire un bouquin qui a foi en l'humanité dans une époque de déshumanisation maximale.
La mémoire, la famille, la guerre, les traumatismes, l'amour, il y a tout cela dans ce nouveau Winckler. C'est bien écrit, fluide mais il lui manque la force d'un sujet comme "En souvenir d'André".


Biographie: Marc Zaffran, né le 22 février 1955 à Alger, est un médecin français, connu sous l'unique pseudonyme de Martin Winckler, comme romancier et essayiste, évoquant souvent la situation du système médical français. Il est également critique de séries télévisées et traducteur. Cf: https://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Winckler